Le mémoire de pratique professionnelle est l’écrit long des diplômes d’État du travail social. Il part d’une question née du terrain, la transforme en question de recherche, puis l’analyse en croisant apports théoriques et matériau recueilli. Sa spécificité tient à ce qu’il n’est jamais purement théorique : il doit rester adossé à une pratique vécue.
Quel écrit exactement, et dans quel cadre ?
Les arrêtés du 22 août 2018 ont refondu les diplômes d’État du travail social, les portant au grade de licence et organisant leur certification autour de quatre domaines de compétences. Le mémoire de pratique professionnelle est l’une des épreuves de cette certification.
Sa place dans l’architecture varie selon le diplôme, ce qui explique une partie des confusions entre étudiants de promotions différentes.
| Diplôme | Domaine de compétences concerné | Intitulé du domaine |
|---|---|---|
| DEASS — assistant de service social | DC2 | Analyse des questions sociales et intervention professionnelle en travail social |
| DEES — éducateur spécialisé | DC1 | La relation éducative spécialisée |
Un point pratique mérite d’être connu avant de s’engager : les titulaires de l’un des cinq diplômes d’État du travail social — DEASS, DEES, DEEJE, DECESF, DEETS — bénéficient de la reconnaissance des domaines de compétences 3 et 4, qu’ils n’ont donc pas à repasser s’ils préparent ensuite un autre de ces diplômes. Pour un professionnel en reprise de formation, cela change complètement le calcul de charge de travail.
Le volume attendu, en revanche, n’est pas fixé nationalement : il relève du règlement de chaque établissement de formation. C’est la première chose à vérifier, avant toute autre considération de plan.
Qu’est-ce qui distingue ce mémoire d’un mémoire universitaire ?
La différence n’est pas de niveau, elle est de nature. Un mémoire universitaire part le plus souvent d’une lacune identifiée dans la littérature. Le mémoire de pratique professionnelle part d’un inconfort de terrain : une situation qui a résisté, une intervention qui n’a pas produit l’effet attendu, une tension entre le cadre institutionnel et ce que la situation appelait.
Ce point de départ n’est pas une faiblesse méthodologique à corriger, c’est le matériau. L’erreur la plus répandue consiste à le gommer pour paraître plus « académique », en ouvrant sur un état des lieux général des politiques sociales. Le jury cherche l’inverse : la trace d’une pratique réelle, questionnée.
La transformation de cet inconfort en question de recherche est l’étape la plus délicate. La méthode générale de formulation d’une problématique s’applique, à condition de garder la situation initiale visible tout au long du raisonnement plutôt que de la reléguer en anecdote introductive.

Quel plan adopter ?
Aucun plan n’est imposé, mais la logique attendue est celle d’un aller-retour entre terrain et théorie, jamais d’une juxtaposition. Une architecture en quatre temps tient bien cette exigence.
- La situation qui questionne. Le récit précis et anonymisé de ce qui a déclenché le questionnement, avec son contexte institutionnel. Court, mais dense.
- Le cheminement vers la question. Comment on est passé du malaise ressenti à une question formulable, quelles hypothèses ont été écartées en chemin. Cette partie, souvent négligée, est celle qui démontre la réflexivité.
- Les apports théoriques mobilisés. Les concepts convoqués parce que la question les appelle — et non un chapitre théorique autonome plaqué avant l’analyse.
- L’analyse du matériau et les perspectives professionnelles. Le croisement des données recueillies avec les apports théoriques, puis ce que cela change pour la pratique.
La quatrième partie est celle qui distingue les bons mémoires. « Ce que cela change pour ma pratique » n’est pas une formule de conclusion : c’est une démonstration attendue, qui doit être concrète et située.
Quel matériau de terrain recueillir ?
Le volume attendu reste modeste : quelques entretiens suffisent le plus souvent. Ce qui compte est la cohérence entre la question posée et le matériau choisi, et la rigueur avec laquelle il est traité.
- Entretiens avec des professionnels — pour confronter sa lecture d’une situation à celle de collègues ou de partenaires. La conduite de ces échanges suit les règles de l’entretien semi-directif, guide thématique compris.
- Entretiens avec des personnes accompagnées — précieux mais exigeants sur le plan éthique, et à discuter avec le référent de mémoire avant tout contact.
- Analyse de documents institutionnels — projets de service, rapports d’activité, écrits professionnels, souvent sous-exploités alors qu’ils sont directement accessibles.
Le traitement de ce matériau relève de l’analyse de données qualitatives : un codage explicite, même léger, vaut toujours mieux qu’une lecture impressionniste qui ne se laisse pas discuter en soutenance.
Anonymisation et secret professionnel : la contrainte non négociable
C’est le point sur lequel un mémoire par ailleurs solide peut être refusé. Le secret professionnel s’applique pleinement, et l’anonymisation doit résister au recoupement : changer un prénom ne suffit pas si l’âge, la composition familiale, la pathologie et le territoire permettent ensemble d’identifier une personne.
En pratique, cela suppose de modifier ou d’arrondir tout ce qui n’est pas analytiquement nécessaire — âges, dates, lieux, noms de structures — et de vérifier ce que produit la combinaison des détails conservés, pas seulement chacun pris isolément. Les règles générales de consentement et d’anonymisation des participants s’appliquent, avec ici une exigence renforcée par le cadre déontologique du travail social.

Quelles erreurs coûtent le plus cher en soutenance ?
Les remarques de jury se répètent d’une session à l’autre, et elles portent rarement sur la théorie mobilisée.
- Le récit sans analyse. Une situation racontée avec émotion mais jamais mise à distance. Le critère : chaque élément personnel doit être suivi de ce qu’il permet de comprendre.
- La théorie plaquée. Un chapitre de concepts qui ne redescend jamais vers la situation initiale. Si une notion n’éclaire rien du matériau, elle n’a pas sa place.
- La question qui dérive. Une problématique annoncée en introduction et une analyse qui répond à autre chose — défaut très visible pour un jury qui lit l’écrit d’une traite.
- Le jugement implicite. Des formulations qui évaluent les personnes accompagnées plutôt que les situations. C’est le point sur lequel les professionnels du jury sont les plus attentifs.
- La conclusion sans portée. Terminer sur un constat général au lieu de dire ce que cette recherche change concrètement dans la manière d’intervenir.
La question la plus fréquemment posée en soutenance mérite d’être préparée mot pour mot : « et aujourd’hui, que feriez-vous différemment ? » Elle vérifie en une phrase si le travail a produit un déplacement réel, ou seulement un document.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le mémoire de pratique professionnelle en travail social ?
C’est l’écrit long exigé pour la certification des diplômes d’État du travail social, introduit dans sa forme actuelle par les arrêtés du 22 août 2018. Il part d’une question issue de la pratique de terrain du candidat, la construit en question de recherche, et l’analyse en mobilisant des apports théoriques et une enquête de terrain. Il se distingue d’un mémoire universitaire par son ancrage obligatoire dans une situation professionnelle vécue.
Dans quel domaine de compétences le mémoire est-il évalué ?
La place varie selon le diplôme. Pour le DEASS, le mémoire de pratique professionnelle relève du domaine de compétences 2, consacré à l’analyse des questions sociales et à l’intervention professionnelle. Pour le DEES, il relève du domaine de compétences 1, centré sur la relation éducative spécialisée. Le référentiel de votre diplôme est la seule référence à suivre.
Le mémoire de travail social doit-il comporter une enquête de terrain ?
Oui dans la grande majorité des cas. La démarche attendue suppose de confronter la question issue de la pratique à des données recueillies : entretiens avec des professionnels ou des personnes accompagnées, observation, analyse de documents institutionnels. Le volume reste modeste — quelques entretiens suffisent — mais l’absence totale de matériau empirique est un motif fréquent de reprise.
Faut-il repasser tous les domaines de compétences si l’on prépare un second diplôme du travail social ?
Non. Les titulaires d’un des diplômes d’État du travail social (DEASS, DEES, DEEJE, DECESF, DEETS) bénéficient d’une reconnaissance des domaines de compétences 3 et 4, qu’ils n’ont donc pas à repasser lorsqu’ils préparent un autre de ces diplômes. Cette passerelle allège sensiblement un second parcours.
Peut-on écrire à la première personne dans un mémoire de travail social ?
Oui, et c’est même généralement attendu. La posture réflexive suppose que le candidat assume ses choix, ses hésitations et ses remises en question. Le « je » professionnel est ici légitime, à condition d’être distingué du registre du témoignage : chaque élément personnel doit être analysé, pas seulement raconté.
Comment anonymiser les personnes accompagnées dans son mémoire ?
L’anonymisation doit être complète et cohérente : prénoms remplacés, âges et dates arrondis, lieux et structures non identifiables, détails biographiques modifiés lorsqu’ils permettraient une reconnaissance croisée. Le secret professionnel s’applique pleinement, et un mémoire qui laisse identifier une personne accompagnée peut être refusé indépendamment de sa qualité.
