Reprendre un tableau, une figure ou des données d’autrui en 2026 : plagiat, droit d’auteur et autorisations

Reprendre un tableau, une figure ou des données d’autrui en 2026 : plagiat, droit d’auteur et autorisations

Le plagiat d’un tableau ou d’une figure obéit aux mêmes règles que celui d’un texte : reproduire un visuel sans mention de source constitue une infraction académique, même lorsque les données sous-jacentes sont publiques. La mention « Source : » signale une reproduction à l’identique, « D’après : » une adaptation. Le droit d’auteur, lui, ajoute une contrainte distincte.

Le plagiat concerne-t-il autre chose que le texte ?

Oui, et c’est l’angle mort le plus fréquent des mémoires. Le plagiat couvre l’appropriation de toute production intellectuelle d’autrui : formulations, mais aussi structures argumentatives, tableaux, graphiques, schémas, photographies, jeux de données, grilles d’analyse et traductions. Le rappel des définitions figure dans notre article sur la définition du plagiat.

Un étudiant qui paraphrase scrupuleusement chaque phrase mais colle sans référence trois graphiques trouvés dans un rapport commet un plagiat caractérisé — et souvent plus visible pour un jury qu’une reformulation approximative, parce qu’un spécialiste reconnaît immédiatement une figure de son champ.

« Source » ou « D’après » : que faut-il écrire sous un visuel ?

La distinction est simple mais rarement respectée.

Légende et mention de source imprimées sous un graphique dans un document académique
La ligne de crédit se place sous le visuel, après la légende, et renvoie à une entrée complète de la bibliographie.
Situation Mention à utiliser Exemple
Reproduction à l’identique Source : Source : Dubois (2024), tableau 2, p. 45.
Présentation modifiée, données inchangées D’après : D’après Dubois (2024), tableau 2, p. 45.
Données recalculées ou agrégées par vous Calculs de l’auteur d’après : Calculs de l’auteur d’après INSEE (2025).
Traduction d’un tableau étranger Traduit et adapté de : Traduit et adapté de Smith (2023), p. 112.
Production entièrement vôtre Source : enquête personnelle Source : enquête menée auprès de 84 répondants, mars 2026.

Trois règles de forme complètent le dispositif : la mention se place sous le visuel, après la légende ; elle renvoie à une entrée complète de la bibliographie, sur le modèle des conventions décrites dans notre guide pour citer plusieurs auteurs en APA ; et elle indique la page ou le numéro de tableau d’origine, non seulement l’année.

Citer la source suffit-il juridiquement ?

Non, et c’est la deuxième confusion à lever. Deux régimes distincts s’appliquent :

  • L’intégrité académique exige l’attribution. Elle est satisfaite par la mention de source.
  • Le droit d’auteur exige, en principe, une autorisation pour reproduire une œuvre protégée. L’exception française de courte citation est admise de façon restrictive pour les œuvres graphiques, précisément parce qu’une image ne peut pas être « courtement » citée : on la reproduit entièrement ou pas du tout.

En pratique, pour un mémoire non diffusé au-delà du jury et de l’archive universitaire, le risque juridique est faible. Il augmente nettement dès que le mémoire est déposé en libre accès dans une archive ouverte ou publié. Trois solutions sûres :

  1. Reconstruire le visuel à partir des données chiffrées, avec la mention « D’après ». Vous produisez alors une œuvre nouvelle.
  2. Utiliser des visuels sous licence libre ou issus de données ouvertes, en respectant les conditions d’attribution de la licence.
  3. Demander l’autorisation à l’éditeur, formalité gratuite et généralement rapide pour un usage académique. Conservez la réponse en annexe.

Les données ouvertes dispensent-elles de citer ?

Jamais. L’ouverture d’un jeu de données autorise la réutilisation ; elle n’exonère pas de l’attribution. Les licences ouvertes usuelles en France et en Europe imposent explicitement de mentionner la source et la version du jeu utilisé. Une donnée gratuite reste une donnée produite par quelqu’un.

Tableur affichant des données ouvertes utilisées pour reconstruire un graphique original
Reconstruire le graphique à partir des chiffres bruts résout le problème de droit d’auteur — mais la mention « D’après » reste obligatoire.

Attention à un piège fréquent : refaire un graphique à partir des chiffres d’un article ne supprime pas l’obligation de citation. La forme change, l’origine des données non. C’est exactement le même raisonnement que pour la reformulation d’un texte, développé dans notre guide sur la façon de bien paraphraser sans plagier.

Les logiciels anti-plagiat détectent-ils les visuels ?

Élément Détecté par un logiciel de similitude ? Détecté par un jury ?
Texte des cellules d’un tableau Oui, si le tableau est au format texte Oui
Légende et titre de figure Oui Oui
Graphique inséré en image Non Souvent, dans son champ
Tableau converti en capture d’écran Non Oui, la typographie trahit l’origine
Jeu de données réutilisé Non Oui, si les effectifs sont identiques

Autrement dit, un visuel copié peut parfaitement passer sous le radar d’un rapport de similitude tout en constituant un plagiat caractérisé. Ne prenez jamais un taux de similitude bas pour un certificat d’intégrité : voir notre comparatif des logiciels anti-plagiat et notre synthèse sur l’intégrité académique.

Checklist avant dépôt

  1. Chaque tableau et chaque figure porte un numéro, une légende et une ligne de crédit.
  2. « Source » est réservé aux reproductions à l’identique ; toute modification passe en « D’après ».
  3. Chaque crédit renvoie à une entrée complète de la bibliographie, avec page ou numéro de tableau.
  4. Les visuels que vous avez produits portent explicitement « Source : enquête personnelle » ou équivalent.
  5. Pour un dépôt en libre accès, les visuels protégés sont soit reconstruits, soit autorisés par écrit.
  6. La liste des tableaux et figures est à jour et cohérente avec les numéros du texte.

La démarche complète, texte et visuels confondus, est détaillée dans notre guide pour éviter le plagiat dans un mémoire. Le module d’originalité de Tesify permet de vérifier soi-même son texte avant le dépôt, dans une logique de contrôle personnel — il ne dispense évidemment pas de créditer les visuels, que les outils de similitude ne voient pas.

Questions fréquentes

Copier un tableau d’un article scientifique est-il du plagiat ?

Oui, si vous le reproduisez sans mention de source. Un tableau est une œuvre de l’esprit au même titre qu’un paragraphe, même si les chiffres qu’il contient sont publics. La mention « Source : Nom (année), tableau 2, p. 45 » sous le tableau lève l’infraction académique.

Quelle différence entre « Source » et « D’après » sous une figure ?

« Source : » signale une reproduction à l’identique. « D’après : » ou « Adapté de : » signale que vous avez modifié la présentation, recalculé, agrégé ou traduit. Employer « Source » pour un visuel modifié est une inexactitude que les jurys relèvent.

Peut-on reproduire une image trouvée sur Internet dans un mémoire ?

Citer la source règle la question académique, pas la question juridique. Une image protégée nécessite en principe une autorisation, l’exception de courte citation étant restrictivement admise pour les œuvres graphiques. Privilégiez les licences libres, les données ouvertes ou vos propres visuels.

Faut-il citer une source pour des données publiques et ouvertes ?

Oui. L’ouverture autorise la réutilisation mais n’exonère jamais de l’attribution : les licences ouvertes usuelles imposent la mention de la source et de la version utilisée. L’absence de citation reste un plagiat, indépendamment de la gratuité.

Refaire un graphique à partir des chiffres d’un article suffit-il à éviter le plagiat ?

Non, pas à lui seul. Recréer le graphique change la forme, pas l’origine des données : la mention « D’après Nom (année) » reste obligatoire. Ce travail de reconstruction est en revanche préférable, car il évite le problème de droit d’auteur.

Les tableaux et figures sont-ils détectés par les logiciels anti-plagiat ?

Partiellement. Les logiciels analysent le texte des cellules, les titres et les légendes, mais pas un graphique inséré en image. Une figure copiée sans source peut donc échapper au rapport de similitude tout en constituant un plagiat que le jury repérera.